jeudi 29 octobre 2009

Gravure pas à pas, eau-forte et aquatinte à la colophane : étude de la gravure de Chloé: "Essaye de m'ausculter maintenant"

























Gravure de Chloé 6 mois: "Essaye de m'ausculter maintenant" (voir en grand)

La gravure en "taille douce" fait partie des "gravures en creux". Le but est de creuser des endroits pour mettre l'encre, essuyer les parties en relief, et imprimer avec une très forte pression pour que le papier "aille chercher l'encre". Pour faire des creux, on peut utiliser une pointe, un burin.

J’emploie du cuivre utilisé par les couvreurs acheté en gros chez les fournisseurs pour le bâtiment. Découper une plaque à la dimension voulue, polir avec une toile émeri très fine (1200) plus Mirror et le plus dur est fait.

Protéger la plaque de métal  avec un vernis spécial (Ultraflex de chez Charbonnel), protéger aussi l'envers de la plaque et dessiner avec une pointe fine qui ôte le vernis par endroit puis mordre avec un acide (eau-forte). On utilise comme "mordant" soit le FeCL3 ou perchlorure de fer que l'on trouve tout prêt dans les magasins d'électronique,  soit l'acide nitrique beaucoup plus toxique et polluant, je ne l’utilise plus.


L'examen des plaques au microscope semble farfelu mais il m'a beaucoup aidé.











Photographie au microscope: simple trait de stylet creusé durant une heure
"L'oeil de boeuf", le rhinocéros, Lucie
sont faits avec cette technique
"L'oeil de boeuf",  (détail)
Le rhinoceros,(détail)
Lucie,(détail)



Pour obtenir des gris ou des noirs, il faut croiser les traits ou utiliser la technique de l' aquatinte (très employée par Goya)  L'aquatinte à la colophane est une technique particulière














Saupoudrer la plaque avec une résine de pin, la colophane, finement pilée, et mise dans un petit sac sur lequel on va taper doucement avec un bâton. Il est conseillé de mettre le petit sac de colophane à 2 cm de la plaque ce qui permet aux plus gros morceaux non désirés de tomber en dehors de la plaque.

















Aspect de la plaque recouverte d'une colophane grossière et irrégulière

Chauffer à 140 /160 °, pendant 10 mn. Elle fond et adhère à la plaque.

















Photographie au microscope de colophane fondue
Cette colophane, très adhérente va protéger le cuivre de l'attaque acide. En pratique, on trempe la plaque dans le mordant un temps précis, d'autant plus long qu'on cherche un noir intense. Cependant, si la colophane est très fine la morsure peut attaquer pas les côtés, sous le grain qui va se détacher, et le résultat est alors moins bon voire mauvais.















Photographie au microscope: 
Aspect d'une plaque trempée 2 minutes et nettoyée de sa colophane. Les zones plus claires correspondent aux parties protégées. La morsure est superficielle, à l'impression on aura un gris clair zone N° 2 de la gravure de Chloé.














Photographie au microscope:
Le stéthoscope (N° 3 de la gravure de Chloé) est un mélange de gravure au stylet et de colophane assez soutenue (morsure 30 mn environ). Les zones plus claires étaient protégées par la colophane et sont en relief. Dans les creux , on distingue de l'encre en noir. Il n'y en a pas beaucoup car cette plaque vient d'être imprimée.
















Photographie au microscope:
Il y a des traits assez croisés et une colophane de 40 mn. Le flanc de la colline ( zone N° 4 de la gravure de Chloé) est plus foncé.


Les « Blancs » sont obtenus en protégeant en permanence  la plaque avec du vernis.














Une fois la plaque gravée, encrer avec une encre spéciale très épaisse en tube ou en pot, une « poupée » pour l’étaler.
Pour cela il faut une table chauffante: une plaque de ferraille épaisse chauffée par un fer à repasser avec une régulation électronique et un coupe-circuit qui arrête l'alimentation après 10 min, car on travaille avec du papier, de l'essence, de l'alcool. Il ne faudrait pas quitter le local en laissant le fer allumé!
Essuyer ensuite la plaque. Le bottin est réputé pour cela : rien ne se perd !

















Imprimer, avec une presse à rouleaux exerçant une très forte pression avec un papier particulier (BFK Rives ou autre) préalablement mouillé par trempage.














Table à sécher (tapis du salon !) Madame est cool !

Si on a de la place et un entourage sympa, on peut faire cela chez soi. Mais le matériel est assez cher et il est plus facile de trouver un atelier de gravure.


Avec un peu de chance, du travail, des mains noires, on peut obtenir une gravure amusante.

 Photos:  Microscope  Leitz Wetslar: Objectif 4, Eclairage LED, Image webCam ToCam Philips (Bricolage maison du Dr Gamin)
             



Références:
Louis Lo Monaco: "La gravure en taille douce" Ed Flammarion. Un livre magnifique  avec une riche iconographie pour ceux qui veulent s'y mettre.
Rembrandt: "Eaux-fortes", Ed. Musées de la ville de Paris. Pour ceux qui ont décidé de ne pas s'y mettre mais ...
Manly Banister : "Practical Guide to Etching and other Intaglio Printmaking Techniques" Dover Publication Inc N.Y. 11501

2 commentaires:

  1. peut-on utiliser la colophane sur le zinc et obtenir les mêmes effets ?

    RépondreSupprimer
  2. Merci Flo,
    la colophane va aussi très bien pour la gravure sur zinc. Il faut cependant adapter les temps de morsure car le perchlorure de fer est beaucoup plus rapide avec le zinc. mais rien d'insurmontable. Par ailleurs, le zinc est beaucoup moins cher que le cuivre et se grave facilement. Il est cependant plus sensible à l'oxydation et doit être conservé avec précaution.

    RépondreSupprimer